Chanel Haute Couture

19 juillet 2017

C’est le genre d’article que j’ai un peu toujours espéré écrire. Et paradoxalement c’est aussi le genre d’article qui m’angoisse le plus ! J’ai une sacrée pression pour réussir à partager avec vous la douce magie de l’instant, à retranscrire avec authenticité un tel événement, je n’ai pas envie de vous décevoir, pas envie de me sentir « pas à la hauteur » de cet immense privilège ou de dénaturer cette expérience merveilleuse.

C’est tellement émouvant de réaliser ses rêves…

Mais c’est aussi tellement dur à raconter !

Du coup, on dirait bien que je repousse plus ou moins volontairement depuis 2 semaines le moment de m’atteler à mon clavier.

La Haute Couture me fascine depuis des années. La toute première fois que j’ai vu une robe Haute Couture de mes propres yeux, il y a plus de vingt ans, je m’en souviens très bien. C’était au musée Dior à Granville, en Normandie où j’ai passé une bonne partie de mes étés. Je me souviens que la finesse des détails me captivait, que j’étais fascinée par la délicatesse des dentelles, des broderies. C’était un rêve éveillé pour une gamine comme moi. Des robes de princesse encore plus belles que dans les livres, juste là, en vrai, sous mes yeux ébahis. Tous les étés qui ont suivi, j’y ai traîné mes parents et ma petite soeur, j’ai fait des caprices pour y rester plus longtemps, je ne voulais jamais repartir, je voulais passer un maximum de temps devant chaque robe, l’imprimer dans ma mémoire, me souvenir des nuances, des étoffes, des coupes.

Par la suite, ma fascination pour la Haute Couture n’a fait que s’amplifier à mesure que la mode s’est mise à prendre plus de place dans ma petite existence.

Mon tout premier défilé Haute Couture (et mon 2ème défilé tout court), une petite vingtaine d’années plus tard, c’était Jean Paul Gaultier, en 2012, un défilé incroyable (celui inspiré par Amy Winehouse) d’un créateur que j’admire (mon article ici – j’ai fait des progrès en photo depuis 5 ans !). Mon 2ème défilé couture, c’était également Jean Paul Gaultier, l’année suivante, inspiration Bollywood (ici).

Et le 3ème ?

Et bien je n’avais jamais eu la chance d’assister à un 3ème défilé Haute Couture jusqu’à cette année !

Vous le savez, des défilés, j’en ai fait un sacré paquet depuis, à New York et à Paris, avec ou sans accès backstage… Mais depuis ces 2 shows magiques de notre JPG national, je n’avais fait « que » des défilés Prêt-à-Porter, et pas vécu d’autre expérience Haute Couture.

Et si j’ADORE les défilés Prêt-à-Porter, s’il y a encore beaucoup de marques pour lesquelles je convoite secrètement une invitation, si je suis loin d’avoir coché toutes les cases de ma Bucket List PàP, si je ne suis jamais, au grand jamais « blasée » en période de Fashion Week, mais toujours émerveillée, excitée et heureuse d’être là, de m’en prendre plein les yeux et d’avoir l’opportunité de photographier ce qui se fait de plus beau en matière de vêtements….

Malgré mon amour pour les Fashion Weeks Prêt-à-Porter, il n’y a pas à dire…

La Haute Couture, c’est autre chose.

Il y a une magie qui n’est pas seulement liée au caractère « encore plus exclusif/mythique » de l’événement. Non non, c’est bien plus que ça. Je ne sais pas. C’est peut-être dû au fait qu’on oublie complètement l’aspect « industrie de la mode et du vêtement » pour célébrer l’Art de la Mode avec des majuscules et l’Art tout court, le savoir-faire, les métiers ancestraux, les techniques pas encore perdues mais sauvegardées grâce à ces maisons françaises et à la Haute Couture… C’est peut-être d’avoir une très vague idée des centaines d’heures de travail par des petites mains talentueuses que représente chaque silhouette imaginée, dessinée et façonnée par un créateur de génie…

Ce qui est sûr, c’est que la date du 4 juillet 2017 restera longtemps gravée dans ma mémoire.

(vous avez vu comment j’ai réussi à repousser mon entrée dans le vif de mon article avec une introduction trop longue et qui remonte bien trop loin ? à croire que je n’arrive pas à me lancer… je sais pas vous mais je sens que cet article va être long !!!)

Le 4 juillet 2017, j’ai assisté au DÉFILÉ HAUTE COUTURE CHANEL Automne Hiver 2018.

J’ai déjà eu la chance de vivre avec la maison Chanel des expériences fantastiques, comme la cueillette des roses de mai à Grasse pour le N°5, l’exposition Mademoiselle Privé à Londres, la visite de l’appartement de Coco Chanel au dessus de la boutique de la rue Cambon, et dans un autre registre, la première participation de Chanel au festival Calvi on the Rocks l’année dernière pour le « Rouge Coco on Tour ».

Mais, puisqu’on en est à retracer l’historique de mes Fashion Weeks, je n’avais encore jamais eu la chance et le privilège d’être invitée à un défilé Chanel.

Pour être franche, j’en rêvais sans oser en rêver, j’espérais que ça arrive un jour mais sans vraiment y croire.

Je regarde chaque saison le film du défilé en ligne, je suis vissée à instagram aux heures du show pour y voir les premières photos, toujours impatiente de découvrir quel univers et quel décor mettront en lumière les collections, qu’elles soient Prêt-à-Porter ou Haute Couture. Parfois, il est arrivé qu’une amie habilleuse habituée des shows Chanel me donne des indices la veille et me raconte des anecdotes sur l’ambiance en coulisses.

Alors là, imaginez mon bonheur… CHANEL + HAUTE COUTURE : c’est l’équation la plus dingue, le top du top, la crème de la crème, le summum ultime, c’est le Saint Graal de toute passionnée de mode, c’est LE RÊVE !

Je vous passe les détails sur l’émotion que j’ai ressentie quand j’ai décacheté l’enveloppe de mon invitation, joliment calligraphiée à mon nom et prénom, je zappe la description de mon organisation étonnamment parfaite avec la réservation impulsive la veille d’un hôtel le plus prêt possible du Grand Palais pour éviter tout stress/risque de galère de transport/retard, j’évite de vous préciser le nombre de fois où j’ai vérifié que ma batterie et ma carte mémoire étaient bien dans mon appareil photo, respectivement chargée et vide…

Mardi matin, Zoé m’a retrouvée devant mon hôtel et nous avons fait ensemble les 300m qui me séparait du Grand Palais : on se sent toujours mieux dans ce genre de circonstances « impressionnantes » quand on est avec une amie (ne croyez-pas qu’on y est allées les mains dans les poches en roulant du postérieur, non non, on avait mal au bide comme deux lycéennes un matin de bac blanc (hashtag ridicules). Être à deux nous donnait un peu de force et de contenance pour vaincre nos phobies respectives de circonstances, pour moi le syndrome d’imposture que je ressens dans ce genre de situation à me demander quelle est ma légitimité ici là maintenant…). Et puis inutile de se le cacher, une expérience pareille est encore plus savoureuse si on est avec quelqu’un pour la vivre et la partager !

Après le passage des contrôles de sécurité draconiens, vigipirate oblige, nous avons pénétré dans le Grand Palais : souffle coupé. Le décor est grandiose, une immense Tour Eiffel nous accueille, belle, imposante, si parisienne.

Quand tout le monde s’est assis et que la musique a commencé à retentir, j’étais dans un état de transe indescriptible. Appareil photo à la main prête à mitrailler, et petite voix intérieure qui scande « profite de chaque seconde« …

Tweed, plumes, broderies précieuses, du noir et du blanc, des perles, des sequins, c’est beau – souviens toi de chaque instant – les volumes des épaules, les boucles d’oreille, les chapeaux – savoure ce moment unique – les bottines boutonnées et vernies avec leurs jolis talons en perspex qui martèlent la cadence d’une marche quasi militaire, comme un métronome qui va trop vite, un écho visuel de la fugacité de cet instant magique… – si seulement elles pouvaient toutes se mettre à marcher au ralenti, on verrait mieux les détails – Une armée de sublimes clones modernes de Gabrielle Chanel, cette femme fascinante, qui défilent les unes après les autres… Et puis la mariée déjà, comme dans un rêve… et Karl. Karl, cette icône, ce génie qui, au fil des années, a perpétué la tradition Chanel avec modernité, revisité les codes de la maison sans jamais les trahir, mais au contraire en les élevant au statut de mythes, qui s’avance doucement, humble, pour saluer les invités qui sont tous debout…

C’était fabuleux. C’est passé tellement vite.

Il m’a fallu un moment pour redescendre de mon petit nuage… C’était tellement magique…

Voilà, merci à celles qui ont lu ce bien trop long pavé, merci à celles qui regarderont toutes les photos. Merci aussi à vous toutes, de me lire et d’être fidèles depuis si longtemps, c’est aussi grâce à vous si ces portes se sont ouvertes pour moi cette jolie matinée de juillet !

(je sais ça fait carrément discours de remise de prix mon truc ! N’y voyez surtout pas un manque d’humilité  – « la nana, elle dit merci comme si elle avait dessiné la collection, elle est pas bien, je vous le dis ! » – c’est tout l’inverse ! Promis ! Et entre nous, trop de gratitude n’a jamais fait de mal à personne !!!)

Et surtout, bien sûr, last but not least, merci à la Chanel Beauty Team d’amour pour cette invitation exceptionnelle et merveilleuse : la petite Pauline des années 90 qui passait des heures au musée à rêvasser devant des robes « de princesse » Haute Couture fait un petit bon dans le temps pour vous sauter au cou et vous couvrir de bisous et d’éclats de rire comme seuls les enfants osent le faire Merci à vous d’avoir réalisé son rêve… MON rêve !

Je vous laisse avec mes photos du défilé. J’aimerais qu’elles soient plus belles, mieux réfléchies, j’aurais aimé anticiper mieux les écarts de lumière d’un angle à l’autre, repérer plus rapidement les meilleurs cadrages, faire plus de gros plans sur des détails complètement fous, éviter quelques grossières erreurs que vous ne verrez peut-être pas mais qui m’obsèdent. En fait c’est simple : je rêvais qu’elles rendent justice au talent de Karl Lagerfeld et de la maison Chanel (mais j’en suis consciente, c’était placer la barre infiniment trop haut et c’était mission impossible !).

Pas de regret, j’ai fait de mon mieux et j’ai aussi profité avec les yeux et pas seulement à travers le viseur de mon appareil.

J’ai savouré chaque seconde de ce défilé et chaque heure de travail, tri, editing sur les centaines de clichés que j’ai mitraillés (appelez moi « mode rafale » !) pour sortir cet article.

Pour autant, sachez donc que ce petit reportage photo est loin de couvrir l’ensemble des silhouettes, mais j’espère qu’il vous donnera envie d’aller regarder la vidéo officielle pour voir le défilé comme si vous y étiez !

On se retrouve plus bas pour quelques photos bonus de la Gabrielle Chanel Party qui a eu lieu le soir-même et qui nous a réservé une incroyable surprise musicale !

 

BONUS : Le soir, j’étais invitée au Palais de Tokyo à la Gabrielle Chanel Party, pour le lancement, en grandes pompes, du tout nouveau parfum Chanel, Gabrielle, dont je vous reparlerai bientôt j’espère. Après un parcours à la découverte des inspirations du parfum, nous avons visionné le film de la campagne en avant-première (embargo pour l’instant, mais je peux quand même vous dire que je suis séduite par le film, du casting au message en passant par la musique !). Puis la surprise s’est mise en place dans un Palais de Tokyo en ébullition (littéralement, il faisait une de ces chaleurs…!!) : un concert de Pharrell ! Rien que ça ! Et incroyable cerise sur le gâteau de cette folle journée : Katy Perry qui débarque sur scène !

J’espère que mes portraits de ces deux légendes vous plairont ! Moi ça m’a donné envie de refaire de la photo de concert !

Quelle folle journée !

Ma frange en était toute chamboulée ! (Private Joke aux copines qui ont constaté les dégâts capillaires de ce concert passé à mitrailler en dansant dans une atmosphère caniculaire !)

Crédit Photos défilé et concert : Pauline PRIVEZ – photos non libres de droit – ne pas utiliser sans autorisation écrite.

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22 commentaires sur “Chanel Haute Couture”

  1. Coucou Pauline,
    Bravo bravo bravo….. tes photos sont magiques j’adoreeeeee. Mais j’apprécie particulièrement ton long article, j’adore ta plume et ta sincérité. Tu peux être très fière de ton travail.
    Biz
    Séverine
    Ps : les photos du concert n’apparaissent pas dans l’article ?

    1. J’étais tellement soulagée d’avoir fini de rédiger que j’ai cliqué sur « publier » sans insérer les photos de la soirée… C’est malin n’est-ce pas ?
      C0est rectifié : je viens de les ajouter !
      Merci pour tes adorables compliments <3
      Bises Séverine !

  2. Merci pour cet article Pauline !! je l’attendais avec impatience et je ne suis pas déçue Tu nous fais rêver avec toi, merci pour tout ton travail, tu mérites d’être récompensée

  3. Merci Pauline pour ton article !
    J’en avais le ventre noué en le lisant, comme si j’allais y assister !
    Tu as parfaitement réussi ta retranscription, un très grand merci de partager cela avec nous !

  4. A vrai dire, j’attendais ton article avec impatience et je ne suis pas déçue ! Les photos du défilé, mais également celle du Kaiser et des concerts sont très réussies ! Tu as eu beaucoup de chance d’assister à ce défilé, c’est le rêve pour toute passionée de mode ! ^^ Merci à toi de nous avoir partagé tout ça et de continuer à nous faire des articles aussi complets. Passe une belle journée, des bisous !

  5. Whouaaaaaaaaa trop trop beau franchement ! C’est vrai que ça devait être magique d’y être 🙂 ! Chanel, c’est quand même quelque chose !!

    J’ai vu mon premier défilé Haute Couture moi et j’en ai eu plein les yeux ! 😀

  6. Quelle chance , tout est emblématique, le lieu, Chanel et cette magnifique énergie.
    Très belles photos avec surement un bon objectif;
    La robe bleue nuit a plusieurs collants est à tomber, la robe noire portée avec les cuissardes magistrale, enfin il n’y a pas de mot… C’est mythique!
    Merci Pauline, je vais lire et relire, et reregarder.
    Chrys

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